Patrick Chassagne : « L’entrepreneur est un défricheur »

Patrick Chassagne : « L’entrepreneur est un défricheur »

Melcion fête cette année ses 30 ans. Trente années passées aux côtés de dirigeants, à une époque où le mot « entrepreneuriat » était encore peu utilisé. Membre depuis 2015, Patrick Chassagne a tiré de cette longue expérience une conviction : l’entrepreneur est avant tout animé par un désir de liberté et d’autonomie. Et parce que cette liberté peut aussi être synonyme de solitude, il a imaginé un métier à part, celui de « conseiller de confiance ». À l’heure de la rentrée, il partage son regard sur celles et ceux qui entreprennent, décident et ouvrent de nouvelles voies.

LE LUNDI 28 SEPTEMBRE 2026

Rencontre

Vous avez créé Melcion en 1996. Qu’est-ce qui vous a donné envie de consacrer votre vie professionnelle à l’accompagnement des entrepreneurs ?

Cela fait en effet trente ans cette année. Nous étions trois au départ. J’étais moi-même entrepreneur depuis peu et j’avais la conviction, un peu intuitive qu’il existait quelque chose qui réunissait tous les entrepreneurs du monde, quel que soit leur secteur, leur pays ou la taille de leur entreprise. Et ce quelque chose, c’est un désir de liberté, le besoin de contrôler sa destinée et, avec la même intensité, une envie de réalisation permanente. Ce n’est pas seulement un métier, c’est une manière d’être. 

Vous avez vous-même entrepris avant de devenir conseiller. Qu’avez-vous appris de cette expérience que vous réutilisez aujourd’hui auprès de vos clients ?

Une chose très simple, et que personne ne dit assez : une grande autonomie peut, à un moment, devenir difficile à porter. On entreprend pour être libre, mais cette liberté peut finir par peser. Il n’y a plus personne au-dessus de vous pour trancher et, souvent, plus personne à côté de vous à qui parler vraiment. J’avais vécu cette solitude. Je savais ce qu’aurait représenté, à ce moment-là, quelqu’un en face de moi avec qui pouvoir réfléchir.

Vous avez rencontré des milliers d’entrepreneurs. Qu’est-ce que ces rencontres vous ont appris que vous n’aviez pas forcément compris au départ ?

J’ai compris que les entrepreneurs ne cherchent pas nécessairement une méthode. Ils cherchent d’abord une écoute, un interlocuteur. C’est de là qu’est né le concept de « conseiller de confiance » : quelqu’un auquel on peut tout dire, qui possède suffisamment d’expérience et a rencontré suffisamment de situations pour que sa parole ait du poids. Notre position est simple : vous restez libre et nous vous aidons à réaliser vos projets.

L’entrepreneur d’hier est-il finalement si différent de celui d’aujourd’hui ?

Dans sa tournure d’esprit, je ne le pense pas. Nous estimons qu’ils représentent autour de 3 % de la population. C’est une typologie particulière, avec une façon d’aborder l’incertitude que les autres n’ont pas forcément. Ce qui a surtout changé, c’est le regard porté sur eux. On a longtemps considéré l’entrepreneur comme quelqu’un qui poursuivait son intérêt personnel. Je pense au contraire qu’il est utile à l’ensemble de la société. L’entrepreneur est un défricheur. Son rôle est d’explorer des pistes que des organisations plus structurées ne peuvent pas toujours emprunter, parce qu’elles ont davantage à perdre, davantage de processus, davantage de comptes à rendre. 

Après toutes ces années passées aux côtés de dirigeants, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans leur quotidien ?

La solitude. La société n’est pas vraiment organisée pour l’entrepreneur. Quand on est salarié, 97 % des gens autour de vous comprennent à peu près comment fonctionne votre quotidien. L’entrepreneur, lui, est parfois regardé comme quelqu’un de différent. C’est aussi pour cela que le conseiller de confiance est important. Nous sommes quinze conseillers et notre métier n’est ni celui d’un coach, ni celui d’un mentor, ni celui d’un consultant. Nous ne produisons pas de rapports ou de PowerPoint. Nous travaillons en tête-à-tête, dans une véritable relation de confiance.

La rentrée est souvent un moment de décisions : nouveaux projets, recrutements, investissements, arbitrages… Que conseillez-vous à vos clients ?

Quand on a eu la chance de vraiment se reposer, on revient souvent avec beaucoup d’idées. Le problème, c’est le grand écart entre l’idée et son exécution. Quelle direction prendre ? Par quoi commencer ? Chez Melcion, nous voyons nos clients deux heures chaque mois. Ce temps permet justement de prendre du recul sur les décisions à venir et de construire une forme de résilience. Il ne s’agit pas de tout faire, mais de choisir ce qui mérite de l’être.

Quelle place donnez-vous à l’intuition dans les décisions d’un entrepreneur ?

L’intuition, c’est une forme d’intelligence qui commet un excès de vitesse, disait Henry Bernstein. Elle va plus vite que le raisonnement conscient. Elle est très précieuse. C’est comme un deuxième cerveau. Il faut savoir l’écouter, tout en étant capable de prendre le temps de revenir aux faits et de confronter cette intuition à la réalité.

Vous pratiquez et enseignez le Taï Chi Chuan. Cette pratique a-t-elle changé votre manière d’accompagner les entrepreneurs ?

Elle a, en effet,  changé mon rapport au temps. Le Taï Chi comporte une dimension de méditation qui permet de calmer l’esprit, de faire tomber le niveau de stress et de prendre du recul. Cela aide à développer une meilleure résilience. Dans mon métier, cela rejoint quelque chose d’essentiel : savoir se poser, écouter, conseiller, mais aussi accepter que la décision appartienne toujours à l’autre.

Comment avez-vous connu Parnasse ?

C’est un Membre qui m’en a parlé. Il m’a dit quelque chose qui m’est resté : « Tu ne peux pas te permettre de te retrouver sans solution ». Ma première expérience l’a confirmée. J’étais à Hong Kong et je n’arrivais plus à récupérer mes e-mails parce que mon forfait de l’époque avait été consommé en trois jours. Il était deux heures du matin, heure française. J’ai appelé et, en un quart d’heure, le problème était réglé. Depuis, mes Coachs Parnasse n’ont eu de cesse de m’aider à résoudre des problèmes parfois assez complexes, dans des domaines qui ne sont pas forcément de ma compétence. Parnasse me libère de la charge mentale.

Si vous deviez donner un seul conseil à un entrepreneur qui fait sa rentrée aujourd’hui, lequel serait-il ?

Ne restez pas seul. Trouvez quelqu’un à qui vous pouvez tout raconter, sans filtre. La solitude de l’entrepreneur peut être terrifiante. Avoir quelqu’un avec qui parler, quelqu’un qui puisse écouter et vous aider à prendre du recul, c’est essentiel.

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