Louise de Rothschild

Louise de Rothschild : « La joaillerie est un pont qui traverse le temps avec éclat »

Entre héritage et modernité, Louise de Rothschild trace une voie singulière dans l’univers de la haute joaillerie. Co-fondatrice de la maison Mazarin, elle réinvente le bijou comme objet intime et patrimonial. De Londres à Paris, des salles de ventes au showroom du Faubourg Saint-Honoré, rencontre avec une fondatrice pour qui la mémoire, la matière et l’audace sont les piliers d’une maison résolument contemporaine.

FRIDAY 6 MARCH 2026

Quel a été le point de départ de Mazarin ?

J’ai toujours été attirée par les pierres précieuses. Cette fascination est devenue une évidence vers 22 ou 23 ans, lorsque j’ai entrepris mes études de gemmologie au Gemological Institute of America à Londres en 2013. Ce fut un véritable déclic. En parallèle, j’effectuais un stage chez Christie's puis j’y ai travaillé pendant quatre ans, d’abord comme catalogueur, puis comme junior spécialiste et experte en estimation. En 2018, je suis rentrée en France et j’ai rejoint Pierre Bergé & Associés. 

C’est là que vous avez rencontré votre associé Keagan Ramsamy ?

Oui, il était alors chef du département joaillerie. Nous avons travaillé ensemble sur la vente de bijoux de ma belle-grand-mère (Marie-Hélène de Rothschild). Ce projet a été fondateur. Nous sommes passionnés et très complémentaires. Lui avec une sensibilité créative très forte, moi avec une approche plus stratégique et business. L’idée d’entreprendre ensemble s’est imposée naturellement. Mazarin est né en septembre 2022, après près d’un an et demi de réflexion et de construction.

Pourquoi avoir choisi le nom Mazarin ?

Nous voulions un nom chargé d’histoire. Le cardinal Mazarin était un grand collectionneur de diamants, un aspect peu connu de sa personnalité mais qui nous fascinait. Il possédait notamment le célèbre diamant Mazarin. Ce clin d’œil à l’histoire et à la collection faisait sens pour nous. Le nom était déjà utilisé dans d’autres secteurs, mais heureusement pas en joaillerie. Nous l’avons donc adopté comme une évidence.

Quelle était votre vision initiale ?

Au départ, nous voulions concilier innovation et savoir-faire français. Nous avons lancé la maison avec des diamants de laboratoire, un marché alors en pleine expansion. Mais très vite, nous avons compris que nos clients revenaient pour notre design, pour notre écriture esthétique, davantage que pour la nature des pierres. Le marché a évolué, les prix des diamants de laboratoire ont chuté tandis que l’or flambait, créant une forme d’incohérence. En novembre dernier, nous avons donc décidé de revenir exclusivement aux diamants naturels. Ce sont nos clients qui ont guidé ce choix. Cela redonne aussi au bijou toute sa valeur patrimoniale, y compris dans la perspective de la revente.

Où peut-on découvrir Mazarin aujourd’hui ?

Nous recevons nos clients dans notre showroom rue du Faubourg Saint-Honoré, uniquement sur rendez-vous. Nous tenons beaucoup à cette dimension intime où nous proposons une réelle expérience dans nos salons. 

Quelle est justement cette expérience Mazarin ?

Avant chaque rendez-vous, nous prenons le temps d’échanger avec nos clients, de comprendre leur univers, leur rapport au bijou. L’accompagnement et le conseil sont essentiels. Nous voulons rendre la haute joaillerie accessible dans un cadre intime et chaleureux. C’est ce que font également nos partenaires qui distribuent nos créations. 

Qui sont ces partenaires et comment les choisissez-vous ?

Nos bijoux sont distribués chez White Bird, Mad Lords, à la boutique du Ritz Paris, ainsi que sur la plateforme Moda Operandi. Nous cherchons des maisons dont les valeurs sont en accord avec les nôtres. Il doit y avoir une complémentarité dans l’offre et dans la clientèle. Nous privilégions des partenaires qui comprennent notre univers et qui savent raconter une histoire autour du bijou.

Vous souhaitez aujourd’hui vous développer aux États-Unis. Pourquoi ?

En voyageant beaucoup, nous avons constaté que la clientèle américaine est particulièrement sensible au savoir-faire français. Elle a cette capacité à mélanger les maisons, à découvrir, à oser. Là où certains marchés sont plus traditionnels, les États-Unis sont très ouverts. À partir d’avril prochain, nous allons y développer notre présence à travers des trunk shows (des événements privés organisés dans des hôtels ou chez des particuliers). Nous l’avons déjà fait à Londres et en Suisse avec beaucoup de succès.

Votre animal totem est l’éléphant. Pourquoi ?

C’est une idée qui m’est venue très naturellement. L’éléphant symbolise la mémoire, l’héritage, la sagesse et la chance. Ne dit-on pas « An elephant never forgets » ? Cette notion de mémoire est très forte en joaillerie. Un bijou traverse le temps, il porte une histoire. Notre première collection mettait l’éléphant à l’honneur, et nous continuons à décliner une à deux pièces par an autour de cet animal. La collection Eboris, plus sensuelle, joue également sur cette symbolique. Elle peut se porter en accumulation et rencontre un très bel écho auprès de notre clientèle.

Qui sont justement vos clients ?

Principalement des femmes autour de quarante ans, qui connaissent déjà la joaillerie et qui souhaitent découvrir une nouvelle maison. Elles aiment l’idée de s’acheter leurs propres bijoux. Ce qui est très moderne. Il y a, en effet, quelque chose de très contemporain dans cette démarche : le bijou n’est plus seulement un cadeau reçu, il devient une affirmation personnelle.

2026 semble être une année charnière ?

Oui, clairement. Nous voulons renforcer notre présence internationale, notamment aux États-Unis, en Suisse et dans d’autres capitales européennes comme Athènes. Nous sommes également à un tournant quant à notre distribution. Le développement retail est une priorité avec des joailliers traditionnels de référence. C’est une année de structuration et d’expansion.

Pouvez-vous nous donner trois mots pour résumer Mazarin ?

Modernité. Naturel. Héritage. Parce que la joaillerie, pour nous, est un pont entre le passé et l’avenir, un objet intime qui traverse le temps sans jamais perdre son éclat.

Voir aussi