Emmanuelle Cosso : Laissons à chacun la possibilité d’inventer son propre chemin

Emmanuelle Cosso

Emmanuelle Cosso : Laissons à chacun la possibilité d’inventer son propre chemin

À l’heure où les cartables retrouvent le chemin de l’école, Emmanuelle Cosso, Membre depuis 2009, s’intéresse à ceux qui pensent différemment et avancent parfois à contre-courant. Avec La Classe fantastique, sa collection de romans jeunesse, l’autrice raconte ces enfants qui apprennent autrement. Chez elle, curiosité, transmission et goût des chemins de traverse sont une manière de vivre autant qu’une façon d’écrire.

LE MARDI 15 SEPTEMBRE 2026

Dans les coulisses

« Rien de pire qu’un enfant qui perd confiance en lui. » Au fil de ses rencontres, Emmanuelle Cosso a été frappée par la singularité des enfants neuro-atypiques - autistes, TDAH, dyslexiques, dyspraxiques ou dyscalculiques - et par la façon dont une différence mal comprise peut fragiliser la confiance en soi. C’est cette conviction qui nourrit ses histoires : ne jamais réduire quelqu’un à ce qui le distingue. 

Dans La Classe fantastique, chaque enfant possède ses difficultés, mais aussi ses ressources, son caractère et ses talents. Les aventures sont rocambolesques, drôles, parfois semées d’embûches, mais les solutions viennent toujours de ce qui rend chacun singulier. « Leur différence fera la différence », résume le principe de la collection. Cette attention se retrouve jusque dans la fabrication des livres. Typographie, taille des caractères, interlignage, papier limitant les reflets, illustrations : tout est pensé pour rendre la lecture plus confortable, notamment pour les enfants dyslexiques, sans jamais donner l’impression d’un ouvrage « adapté ». Pour Emmanuelle Cosso, faciliter l’accès à la lecture, c’est aussi permettre à chacun de trouver sa place dans l’histoire.

Une autrice qui aime les chemins de traverse

Cette façon de ne pas entrer dans les cases fait écho à son propre parcours. Emmanuelle Cosso n’est pas issue d’un milieu artistique. Après une école de commerce, elle travaille dans la publicité puis dans le multimédia chez Ubisoft, avant de prendre des cours de théâtre. L’écriture s’impose progressivement, jusqu’à la publication de ses premières nouvelles puis de son premier roman en 2005. Depuis, elle n’a cessé de changer de terrain de jeu : romans, littérature jeunesse, chansons, scénarios, comédie musicale… Elle a notamment écrit pour Johnny Hallyday ou Florent Pagny et accompagne également de jeunes auteurs dans leur travail. Des univers très différents mais un même fil rouge : l’écriture. « Quel que soit le contexte ou le format, je suis toujours écrivain» insiste-t-elle. 

Ce goût des chemins de traverse est aussi une manière de rester en mouvement. Emmanuelle Cosso aime passer d’un projet à l’autre, découvrir de nouveaux univers, écouter et observer. Elle regarde les parcours, les valeurs, les personnalités et dit apprendre énormément des autres. Sa matière première est peut-être là : dans leurs histoires, leurs contradictions et cette curiosité permanente qui lui fait voir « un peu de poésie partout ».

Transmettre sans donner de leçon

Reste que ce qu’elle aime dans l’écriture, c’est ce qu’elle peut provoquer chez ceux qui la lisent. Ses livres s’emparent volontiers de sujets de société comme de thèmes plus universels. Son dernier roman, La dernière mort d’Éric Muller, aborde ainsi la question de la fin de vie et du suicide assisté. Pour autant, elle ne cherche pas à apporter de réponses toutes faites. Son rôle est plutôt de susciter une réflexion, de faire naître une question, de laisser une idée cheminer chez le lecteur. Écrire, pour elle, c’est semer des graines.

Avec La Classe fantastique, ces graines prennent la forme d’aventures joyeuses. Les enfants y connaissent l’échec, le doute ou l’incompréhension, mais avancent grâce à leurs qualités, à leur singularité. Et dans les épilogues, quinze ans plus tard, on les retrouve adultes, construisant leur vie et réalisant leurs rêves. Une façon de rappeler qu’une difficulté ne définit jamais une destinée. C’est en tous cas la philosophie de l’autrice qui conseille de rester curieux, regarder autrement et laisser à chacun - enfant comme adulte - la possibilité d’inventer son propre chemin.

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