John Nollet

John Nollet : « Je me définis comme un narrateur capillaire »

Reconnu pour son art du « décoiffé maîtrisé », la précision de ses coupes et ses services ultra exclusifs, John Nollet, Membre Parnasse, a fait du cheveu un terrain d’expression à part entière. Entre cinéma, palaces, clientèle privée et création d’objets, il compose des expériences sur mesure, où la main, le temps et l’émotion sont au cœur de tout.

WEDNESDAY 14 JANUARY 2026

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Comment êtes-vous tombé amoureux de la coiffure et du travail des cheveux ?

Il y a eu plusieurs déclics. J’ai grandi entouré de femmes très inspirantes. Je voyais la force qu’un simple rendez-vous chez le coiffeur pouvait leur donner. Et puis il y a un souvenir très précis : mes parents tenaient un hôtel-restaurant et, un jour de mariage, j’ai été fasciné par la mariée. J’avais quatre ans. Ses cheveux étaient très longs, ils bougeaient d’une manière presque hypnotique. J’ai passé la soirée à la regarder. Je me souviens aussi de ma mère et de ma grand-mère avant d’aller chez le coiffeur puis quand elles en sortaient : elles étaient transformées. Je me suis dit très tôt : ce métier est magique.

Très jeune, vous aviez donc déjà conscience que le cheveu dépasse l’apparence ?

Exactement. Le cheveu accompagne une silhouette, une personnalité, un moment de vie. J’ai su très tôt que c’était ma voie. J’adorais l’ambiance des salons, les odeurs, l’atmosphère. Trouver sa vocation aussi jeune est une chance immense et après toutes ces années, je suis toujours aussi heureux d’exercer ce métier.

On vous décrit souvent comme un “Hair Artist”. Comment définissez-vous ce terme ?

Je préfère quand les mots viennent des autres. Moi, je me définis comme un artisan. Il y a bien sûr une dimension artistique mais surtout le travail de la main. Le luxe aujourd’hui passe par la main, par le geste. Chaque cheveu est une matière vivante, jamais identique d’un jour à l’autre. 

Vous avez travaillé sur des films cultes comme Amélie Poulain ou Pirates des Caraïbes. Comment adaptez-vous votre art au cinéma ?

C’est exactement la même démarche qu’avec une cliente. Le scénario devient le discours. Je parle avec le réalisateur, les acteurs, les équipes. La coiffure doit raconter une histoire, un état émotionnel, le passage du temps, un événement. Pour Amélie Poulain, en lisant le scénario, la coupe courte s’est imposée immédiatement. Le réalisateur imaginait une queue de cheval. J’ai expliqué que ce personnage ne passerait pas dix minutes à se coiffer chaque matin. Il voulait voir la nuque : j’ai créé une coupe qui la dévoile naturellement. La coiffure d’Amélie Poulain était née.

Quel est le défi le plus marquant sur un plateau ?

Le cinéma impose une précision absolue. L’image sera vue dans le monde entier, sans possibilité de correction. Il faut livrer une image juste, dans un temps donné, avec une maîtrise totale. C’est une forme de liberté extrêmement rigoureuse.

Votre travail repose sur une relation très intime avec ceux que vous coiffez. Comment construisez-vous cette confiance ?

Par l’écoute. Je travaille toujours face au miroir pour observer les micro-réactions : un regard, une hésitation, un sourire. Je teste, je propose, parfois volontairement quelque chose de plus court pour sentir la réaction. Je construis une véritable prescription. Et puis il y a le temps : une coupe bien faite peut vivre quatre à six mois. Je travaille au millimètre, pas au centimètre.

Vous avez créé des “Hair Room Service” dans des lieux d’exception. Qu’est-ce qui transforme un service en expérience mémorable ?

L’hospitalité. Le silence. L’émotion. Dans la Suite 101 du Park Hyatt, nous ne recevons que deux personnes à la fois. Le téléphone ne sonne pas. On lave les cheveux allongé, on accède à une terrasse privée où le calme règne, on prend le temps. Ce n’est pas ostentatoire, c’est une sérénité. Le vrai luxe, aujourd’hui, c’est cela.

Vous collaborez avec des ateliers d’art et lancez votre nouvelle collection de bijoux de tête Totem. D’où vient cette inspiration ?

Je crée des accessoires depuis plus de quinze ans. Ils sont nés d’un besoin créatif. Les Totems sont des symboles qui me guident : la libellule, par exemple, incarne la légèreté, la liberté, l’air. Mes coiffures sont pensées pour des femmes libres, contemporaines, qui veulent se coiffer en deux minutes le matin tout en pouvant se transformer le soir. L’accessoire devient alors un déclencheur d’énergie, presque un rituel.

Votre collaboration avec Louis Vuitton a marqué un tournant. Comment ce projet est-il né ?

Tout est parti d’une nuit de réveillon à Courchevel. J’avais créé des pièces uniques, toutes vendues. Je me suis dit : et si je racontais cet artisanat autour du monde ? J’ai imaginé un salon de coiffure itinérant dans une malle Vuitton. Le projet est né ainsi, et a donné lieu à un tour du monde dans les Park Hyatt. C’est ce voyage qui a ensuite conduit à l’installation de la Suite 101 à Paris où j’ai posé mes malles.

Quel est votre rapport au temps ?

Le temps est à la fois une liberté et une contrainte absolue. Pour un événement, il n’y a pas de droit à l’erreur. Il faut savoir créer dans la lenteur, puis exécuter dans la précision. Cette maîtrise du temps fait partie intégrante de mon métier.

Pour conclure, quels sont les trois mots qui vous définissent le mieux ? 

Liberté. Rigueur. Passion.

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