Ricard, 70 ans de Pastis

Du jeudi 2 avril au dimanche 26 août

Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er



Ricard, 70 ans de Pastis

C’est en 1932 que Paul Ricard lança le premier pastis industriel qui louchissait. Un tabac. Génératrice d’un vocabulaire, d’une esthétique et d’un équipement limonadier populaires qui fait les délices des collectionneurs, Ricard a débordé généreusement de son verre pour se mouiller dans le sport et l’art contemporain. Le département Publicité des Arts Décoratifs en rajoute une dose pour ce printemps-été.

Boisson générique remontant à l’antique et tirée de l’anis si désaltérant, l’anisette, plus ou moins galvaudée au fil des siècles, retrouva sa superbe au lendemain de la Première Guerre mondiale après l’interdiction frappant sa mortelle cousine l’absinthe en 1915. Le véto provenait des Allemands qui en remettront une couche en 1940. Pour la remplacer, on tenta donc le pastis, mélange de plantes aromatiques diverses dosées avec plus ou moins de bonheur et alcoolisé à 40°. Découlant du verbe pastisser, le truc obtenu désigna bien vite tous ces mélanges bricolés à la maison et dont beaucoup laissèrent sans voix, sans vue, bref, pas bien frais au coucher du soleil. Et surtout qui ne louchissait pas en se diluant. Comprendre qu’il restait trouble. C’est ce détail qui fera la fortune du pastis Ricard, le premier industriel du genre et qui louchissait, avec petit goût de réglisse en sus. Boisson nationale marseillaise apparue en 1932, le pastis Ricard – un volume de pastis, cinq volumes d’eau, supplantera tous ses concurrents locaux et nationaux : le Pernod, l’anisette Berger et les autres. Surtout, son inventeur, Paul Ricard saura placer son pastis sur tous les fronts, à commencer par ceux des supporters du Tour de France avec ses fameux bobs jaunes offerts par la caravane Ricard. À grand renfort de réclames dont la plus célèbre, « Un Ricard sinon rien », le gaillard met dans le mille de Marseille à Paris. Revendiquant les racines phocéennes de son anisette, il l’inscrit en gros sur les étiquettes de ses bouteilles. Et décline son jaune soleil pétant en carafes, cendriers, brocs, jeux de cartes et autres artefacts publicitaires aujourd’hui collectionnés avec fièvre. Ou revisités par les artistes et les designers, dont Matali Crasset, Mariscal, Hervé di Rosa, Wilfrid Mille etc. Devenu un géant industriel ayant fini par absorber tout ce qui se boit à la ronde, Ricard étalera son empire à la musique et au cinéma avec les studios Protis Films inaugurés en 1949. Devenu producteur, Paul Ricard financera ensuite quelques films oubliables comme La caraque blonde, navet musical (musique de Francis Lopez) tourné en Camargue avec Tilda Thamar, surnommée la bombe argentine, et Orane Demazis, rescapée des Pagnol ; ou comme Porte d’Orient, tourné à Marseille avec la même Thamar et l’immense Marcel Dalio tenancier du Pélican Vert – pour ne pas vexer le Perroquet Bleu ? Ricard fera mieux en touchant au sport automobile avec le circuit du Castellet ou nautique avec le trimaran d’Éric Tabarly, jusqu’à l’art contemporain avec la Fondation culturelle Paul Ricard basée sur l’île de Bendor. Il fut aussi le créateur de l’Observatoire de la Mer (futur Institut Océanographique Paul Ricard). Quant à la Fondation d’Entreprise Ricard qui soutient et promeut les jeunes créateurs, elle expose régulièrement à Paris en ses murs (www.fondation-entreprise-ricard.com). Justement, à l’occasion de cette exposition rétrospective scénograhiée par les architectes Jakob & McFarlane, la société Ricard a soumis aux étudiants de 3ème année de l’école Camondo (dépendant des Arts Décoratifs) un projet de conception d’objets, de mobilier et éléments d’ambiance portant sur l’univers de Ricard. Leurs travaux sont également montrés ici même.

Ricard, depuis 1932
www.lesartsdecoratifs.fr

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Les derniers articles