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Folies de mode chez les Schuller
Un ludion. A grosses lunettes de geek chic. Croiser Kristian Schuller une première fois, sans savoir qui il est, d’où il vient, ce qu’il fait, et déjà s’amuser. De sa gaieté, de son vocabulaire, de son personnage, des histoires racontées avec humour.
« J’adore la frivolité, oui, c’est ça, soyons frivoles, surtout le matin! ». On serait au cinéma, il n’aurait pas déparé dans un Agatha Christie au casting stellaire. Ou dans un épisode de la Famille Addams, en guest-star caméo, genre cousin germain de Gomez Addams. C’est un compliment. Avec pour valeur ajoutée, une belle dose de cosmopolitisme naviguant en eaux doubles. Naviguer, justement. Kristian Schuller est l’heureux propriétaire d’un canot Riva Super Florida série 3 de 1967, “acheté d’occasion l’année dernière à Sacramento, en Californie, et aujourd’hui ancré en bordure du Lac de Garde, en Italie. Une passion vernissée, racée. La panoplie presque parfaite du dandy rieur et connaisseur, drainant dans son sillage les amis du monde entier. Plus prosaïquement, Kristian Schuller est photographe, du genre à aduler Richard Avedon. Rayon référence, on connaît pire. Avant cela, il aura étudié pendant cinq années la mode à Berlin sous la férule démente de Vivienne Westwood, en même temps que la photographie, sous celle, imparable et révérée, de F.C. Gundlach, considéré comme le plus grand photographe de mode & reportage en Allemagne. Unité de lieu, et de temps : l’Université des Beaux-Arts de Berlin, de 1992 à 1997, mais antagonisme entre les deux professeurs. Désarroi de l’élève Schuller? Nullement : en parfait transfuge, il s’est en admirablement accommodé et sorti. Évoquer ici ses racines pour saisir le personnage : issu d’une minorité allemande implantée en Transylvanie et placée 800 ans durant sous la protection du royaume de Hongrie, Kristian Schuller avait huit ans quand sa famille fuya la Roumanie pour l’Allemagne de l’Ouest. Le Mur n’était pas encore tombé, et son père, Frieder Schuller, dramaturge, réalisateur de cinéma, metteur-en-scène de théâtre et poète réputé, était dans le collimateur des autorités communistes. Ce furent Günter Grass et Heinrich Böll qui mirent tout en oeuvre pour les faire venir en Allemagne. Deux prix Nobel de littérature pour passeport. Là encore, il y a pire. Aujourd’hui, Kristian Schuller partage son existence entre Berlin où il rénove peu à peu un logis sis Torstrasse, en plein Mitte, et Paris où il a installé son studio, rue du Chemin-Vert, dans une ancienne fabrique de textile, et décoré comme une galerie de design modernaire. Le chemin parcouru, depuis qu’il a été repéré par la regrettée Isabella Blow, alors fashion-director du magazine Tatler, qui l’a fait engager chez Condé-Nast à Londres, est simplement fulgurant. En quelques années, Schuller est devenu une signature. Son travail touche à la mode, à la beauté, aux portraits irrévérencieux, aux campagnes de publicité (lingerie Triumph, parfumeries Douglas...), aux couvertures des magazines. Vogue Russie, Tatler, Vogue Gioelli, Harper’s Baazar, 125, pour exemples sur papier glacé, et clients fidèles. Rayon réclames, il a récemment réalisé les prises de vues de la campagne internationale pour le parfum Venezia de Laura Biagiotti. Et là, de pointer un détail d’importance: les robes. Signe particulier : cousues mains par Peggy, son épouse qui affiche un cursus universitaire identique, exceptée la photo. Une créatrice au goût onirique dont les modèles uniques sont essentiellement créés et réalisés pour les seules prises de vue du cher Kristian. « On est incorribles, on a reconstitué une petite mafia roumaine! ». Une osmose plastique et artistique somptueuse au glamour ravageur et sexy qui ravive celui d’un Thierry Mugler à son apogée. L’été dernier, leurs photos ont fait l’objet d’une exposition-évènement à Moscou. Montrée en la Maison de la Photographie (qui organise la prochaine Biennale de la photo en 2012), More Than Fashion a cassé la baraque. Cette année 2011, les Schueller se sont vus remettre une médaille d’argent décernée par le jury du Deutscher Fotobuch Preiss (Prix du livre de photo allemand) pour leur road-book 90 Days, One Dream, produit en un même temps record que se déroulait le show télé allemand Germany’s Next Top Model, animé par le supermodel Heidi Klum. C’est elle qui a réclamé les Schuller pour cela. Les leçons de mode-reportage du Meister Gundlach ont porté leurs fruits. Quand il n’est pas à Los Angeles ou ailleurs en Afrique-du-Sud pour shooter, Kristian Schueller reçoit le plus simplement du monde chez lui. Lâchant sa couture rêvée, Peggy cuisine avec générosité pour tout le monde. Et Kristian tire ses ultimes cartouches Polaroïd pour fixer d’amusants portraits auxquels il applique une recette secrète à base de détergent domestique pour en extraire un autre patine. Plus près de Funny Face que de Blow Up, les Schuller s’ingénient à réinventer un monde de chimères et y arrivent avec un talent inouï. Et cette exubérance fait un bien fou.
