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Claude Deloffre
Claude Deloffre, une blonde à croquer
Elle connaît la terre entière. Mieux : la terre entière la connaît. Une partie l’a vue grandir entre Paris, Cannes, Rome et Los Angeles. L’autre lui saute au cou dès qu’elle apparaît à un vernissage, un défilé, un dîner.
En réalité, la vraie question qu’il convient de poser serait : « Qui ne connaît pas Claude Deloffre ? ». Née en Belgique, elle partage toujours sa vie entre Paris et Los Angeles. Plus précisément entre le boulevard Voltaire et Silverlake. Fille d’une marchande de tableaux de haute lignée, la voie arty lui était toute tracée, aussi choisit-elle, après s’être beaucoup amusée, de se consacrer à la photo tout en mixant l’argentique à l’art contemporain. Et d’ouvrir alors une galerie-librairie spécialisée en plein Saint-Germain-des-Prés et pleines seventies. Pas poussée du col malgré son succès, la petite Claudie-Claudine – un surnom affectueux donné par tant de gens croisés ici et là, se marie. Puis part vivre en Californie. Los Angeles, Hollywood, elle connaît bien ; elle y a grandi en compagnie d’enfants de stars. Installée à son compte, elle y ouvre une agence de voyage VIP. Et verse illico dans le journalisme. Elle y joue les correspondantes avec carnet d’adresses plus épais que le livre d’or des oscars. Les plus grands magazines français - L’Officiel, Vogue, Maison Française, réclament ses chroniques, ses interviews, ses reportages. Pour City, LE magazine culte des années 80 en noir et blanc, aujourd’hui défunt, elle photographie et signe les portraits de monstres sacrés de la trempe et du calibre de Robert Mitchum. Sur place, elle collabore au Los Angeles Times, à L.A. Style. Et trépigne à l’idée d’aller interviewer Zsa-Zsa Gabor et autres gloires restées dans le carbone 14 du star-system hollywoodien. Aujourd’hui, le seul récit de ces coulisses remplirait un livre jubilatoire. Les livres, évidemment : au cours de la décennie qu’elle passe aux côtés de Thierry Mugler à œuvrer à la communication et à l’événementiel, elle réalisera l’ouvrage-maître Fashion Fetish Fantasy. Elle est alors backstage de tous les hyper-défilés du créateur. Ceux qui cassent la baraque médiatique avec des stars glamour extirpées du formol fantasmatique : Cyd Charisse, les sœurs Kessler, Tippi Hedren. Un cirque fabuleux. Rentrée à Paris, Claude crée une galerie-librairie spécialisée en gastronomie et arts culinaires. Nom : Food. Rue Charlot. En plein Marais qu’on ne dit pas encore Haut. Et agencée par le designer Christian Ghion. Son second mari. Vernissages, signatures. Pierre Hermé et les autres. Bouchons dans la rue étroite, bousculade. Tout Paris défile.
Passionnée de livres de cuisine et de gastronomie, même goûtée par le petit bout de la langue de chat, Claude Deloffre est à tu et à toi avec le gotha des fourneaux. Pas un toqué étoilé qui ne la connaît pas. Elle a dîné chez eux, a épluché tous les bouquins. Du coup, elle a aussi démoulé son propre ouvrage de recettes, un pot pourri rigolo intitulé Petits larcins culinaires. Entre temps, la Deloffre, comme on la surnomme – plus personne ou presque ne se hasarde à l’appeler Claudine ! – a mis un point final à Food, lassée de devoir tenir la caisse et non plus courir le monde. La rue Charlot est depuis au régime sec. C’est bien simple, plus personne n’y passe. Liberté retrouvée. Claude Deloffre n’a pas encore vidé ses cartons que la voici recrutée par les City Guides Louis Vuitton. Un talent pareil, une curiosité comme cela, ça ne se rate pas. Depuis 2006, elle ratisse chaque année Copenhague, Amsterdam ou Vienne et quadrille Paris, traquant les Bonnes Choses. Un sacerdoce. Entre deux virées pâtissières et trois diètes, elle occupe son temps à organiser des événements culinaires avec le Bon Marché ou avec la Milk Factory, galerie de la Collectivité des Produits laitiers (www.lamilkfactory.com). Justement, du 16 février au 29 avril prochains, elle y montre une rieuse exposition de photos signées Jean-Baptiste Mondino et jamais broutées en France. Des photos de vaches. D’où le titre, naturellement ruminé sur le pré : Oh la vache ! Du lait encore et toujours à la Milk Factory avec, en préparation, une exposition lactée imaginée par la Néerlandaise Marije Vogelzang, une designer conceptuelle qui joue de la nourriture avec une intelligence sidérante et dont les performances ont fait pleurer ceux et celles qui s’y sont adonnés. Rien d’anodin sous les pis en prévision. Autre ingrédient nourricier et métaphysique en ligne de mire : l’œuf. Un thème cuit au plat pour la firme italienne Alessi et battu en omelette par Christian Ghion avec Pierre Gagnaire. A l’occasion de cette rencontre/collection, Claude Deloffre réalise actuellement un petit livre de recettes pas brouillées pour deux sous, tout en mettant la pression sur un événement culinaire estival qu’elle organise à cheval à Los Angeles et à New York entre des chefs français et des chefs américains. Quant à mitonner encore du papier, elle est aussi sur un projet de « road book » en Californie, à la rencontre des diverses cuisines californiennes, réalisé avec la photographe Isabelle Rozenbaum. Avec tout cela, a-t’elle seulement encore le temps de cuisiner ? Et comment !...
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