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Jusqu’au dimanche 4 mars
Groninger Museum, Museumeiland 1, Groningen, Pays-Bas
Alaïa rhabille Groningen
Jusqu’au 4 mars, le Groninger Museum, second plus grand musée des Pays-Bas, consacre au couturier Azzedine Alaïa une rétrospective portée beau et pleine peau d’alligator sur la première décennie du XXIème siècle.
Non Barbara n’a pas chanté Groningen. C’était Göttingen. À notre connaissance, personne n’a chanté Groningen. Groningue en français. Et rien à voir avec Groland. Bref, Groningen est à la fois une province et une ville du nord des Pays-Bas, connue pour son musée installé sur une île fluviale et inauguré en 1994. Un musée composite puisque les bâtiments et les pavillons ont été réalisés par le gotha des architectes et designers européens – Alessandro Mendini, Philippe Starck, Michele de Lucchi, Coop-Himmelb, tandis que par la suite, Jaime Hayon signait l’info-center et Maarten Baas le restaurant. Ce qui compose déjà un sérieux prétexte de visite, d’autant que ce musée d’importance – le second du pays, abrite une fabuleuse collection d’œuvres d’art historiques et qu’il s’ouvre volontiers à la création contemporaine. Ainsi, jusqu’au 4 mars, on peut y voir tout ce que le duo d’avant-garde Studio Job, idole de l’art-design nordique, a créé en collaboration avec et pour le musée ; très attendue également, la première exposition monographique consacrée à la créatrice de mode Iris van Herpen, prodige absolu de la scène couture du jour (à partir du 25 mars). Mais le gros morceau du calendrier reste la rétrospective Alaïa – une première exposition vouée au couturier avait été montrée ici-même en 1997 avant de voyager jusqu’au Guggenheim de Soho en 2000. Une rétrospective nécessaire pour aborder le travail du plus libre des créateurs français entré dans le XXIème siècle avec la même détermination qu’à ses débuts officiels à l’orée des années 1980 alors que cela faisait vingt ans qu’il dessinait et cousait des robes pour des clientes initiées. Cuir clouté, ciré perforé d’œillets, dos nu-hublot, tailleurs en agneau zippé, dentelle, soie et tweed : Alaïa participa au nouveau look de Tina Turner pour son retentissant come-back et draina dans son sillage femmes sublimes et artistes – Julien Schnabel a décoré son lieu-galerie, rue de la Verrerie et avait imaginé avec lui le « coup » de l’imprimé Tati géant. Créateur-star des années 1980, Alaïa n’a pas bougé d’un iota ni galopé après la gloire médiatique. Jamais has-been, en dépit des rigolotes et iconoclastes broches en or vendues à New-York il y a quelques années (Has Been Alaïa, Clone Montana, One Ball Gaultier etc.), il est resté l’unique couturier parisien indépendant et savoure cette liberté comme ses fidèles dégustent ses pâtisseries tunisiennes. Le Groninger Museum expose donc les plus spectaculaires créations de ces dix dernières années. Celles que le grand public connaît peut-être le moins mais qui témoignent d’un prodigieux talent à vivre et sublimer l’époque. Alors que se profile en mars prochain aux Arts Décoratifs à Paris l’exposition Louis Vuitton-Marc Jacobs, cet Azzedine Alaïa in the 21st Century se pose aux antipodes du système-mode actuel.
